Québec : Briller par notre présence à l’extérieur

Les forums régionaux convoqués par le gouvernement Charest ont commencé à la mi-mai. Avec ces forums, le gouvernement prétend qu’il veut faire « place aux citoyens » (et les citoyennes?) et préparer la société québécoise à « briller parmi les meilleurs ». Il les a placés sous la responsabilité des Conférences régionales des élus qui invitent la population à réfléchir aux « solutions applicables à quatre grand thèmes (santé et services sociaux; éducation, formation et emploi; développement économique régional; famille et développement social) reliés au vieillissement de la population et à l’état des finances publiques ». Ce travestissement de la délibération publique et démocratique s’inscrit dans les règles de gouvernance de l’école néolibérale du « nouveau management xxx« .

D’abord, les questions fondamentales sont écartées du débat. Qu’en est-il des grands principes et des valeurs qui doivent orienter l’action publique? Où en est-on par rapport au processus de « réingénierie » de l’État et quel rôle veut-on conférer à l’État? Pourquoi une société doit-elle se doter de services publics? L’entreprise privée est-elle le seul moteur du développement économique? Le débat devrait se cantonner à la mise en oeuvre sectorielle (santé, éducation, développement régional, famille) de principes que le gouvernement refuse de soumettre à la discussion publique.

Ensuite, on met en place la fameuse maxime de Margaret Thatcher sur le fait que « la société n’existe pas ». Plutôt que de discuter avec les groupes organisés que sont les diverses institutions dont s’est dotée la société civile, le gouvernement procède à une sélection aléatoire de citoyen-nes atomisés, comme pour les sondages d’opinion. Une telle atomisation s’inscrit dans le droit-fil du credo libéral selon lequel il n’y a que des individus et qui nie les principes élémentaires de la délibération publique. Au mieux, les citoyen-nes pourront juxtaposer leurs opinions, en ayant à peine le temps de les émettre. Autant faire un sondage téléphonique!

Enfin, de telles consultations-bidons font partie des règles de « bonne gouvernance » énoncées par l’école du « nouveau management public » qui prône la concertation tout en niant les conflits sociaux. C’est pourquoi il appartient au pouvoir politique de déterminer la liste des invité-es vus comme des « partenaires » engagés dans un travail d’application pratique de grandes orientations déterminées en dehors de leur contrôle. La politique se trouve ainsi évidée de ses principes et des choix préalables à la décision au profit d’une gestion technique des populations et des deniers publics. Par ailleurs, de tels forums constituent une opération de marketing politique, puisqu’ils sont sensés refléter l’ouverture et la capacité d’écoute du gouvernement.

Face à un gouvernement qui demeure sourd à nos valeurs, tout en refusant de soumettre les siennes au débat public sous prétexte qu’il a un mandat et une majorité des sièges à l’Assemblée nationale, nous devons pratiquer la politique de la chaise vide. Face à la population qui veut du changement, nous devons engager le dialogue et nourrir le débat. C’est pourquoi nous serons présent-es à l’extérieur au nom de la démocratie et de la délibération publique.