Le Web comme réappropriation du savoir, de l’histoire

C’est par cette citation que le National Women History Project ouvre son site. En effet, les ouvrages féministes ne trouvent pas toujours preneurs dans le monde de l’édition, sont difficiles à trouver et ont parfois des éditions limitées. L’espace Internet permet à des bibliothèques de se spécialiser dans cette sorte d’ouvrages, à des éditeurs ou particuliers de rééditer des livres épuisés, de les vendre dans le monde entier et de faire de la publicité pour de nouveaux venus. Le Web représente donc une manne pour des études dans une perspective de genre (gender studies). Les sites proposant des ouvrages féministes sont encore une fois bien plus nombreux dans les pays anglo-saxons, puisque ce domaine de recherche est assez peu développé dans des pays comme la France…voire quasi inexistant.

Il existe donc des bibliothèques parfois très fournies ( www.uky.edu/Librairies/avws.html ), des librairies on-line (Artémis) ou encore des maisons d’éditions (celles des Editions des femmes a toujours historiquement soutenu la cause féministe et se retrouve sur le Web pour faire la promotion on-line des ouvrages anciens et nouveaux). Le site québecois ClicNet, culturel et littéraire propose une liste exhaustive de textes en français sur la condition féminine. Women in America, relate l’histoire des femmes de 1820 à 1942. On peut se référer au centre américain d’études des femmes et de la politique pour des études de genre en sociologie, politique, histoire (http://www.rci.rutgers.edu/~cawp/ ). Les pages de 4000 years of Women in Science retracent les circonstances historiques de la présence des femmes dans les sciences. Voir page annexe ‘en image’

On peut, par ailleurs, trouver des sites biographiques sur de grandes féministes dans l’histoire comme, évidemment, Simone de Beauvoir, mais aussi d’Olympe de Gouges (18e) ou encore Mme de Graffigny (18e)… Il suffit de surfer un peu…

on dit que les femmes BAVARDENT Des exemples prouvent qu’une mobilisation virtuelle peut porter ses fruits, même hors de la toile. Le site Women Leaders Online (WLO), outre ses activités traditionnelles, se livre à un véritable combat féministe par le biais de la toile. Par exemple, il a lancé une offensive l’an dernier contre le show radiophonique de Rush Limbaugh. Ce dernier était financé par Amazon.com alors que le présentateur était ouvertement anti-féministe (il les avait traitées de ‘feminazis’…). Le 15 mars 1999, les membres de WLO sont appelé(e)s à écrire à Amazon afin de jouer clairement du chantage. ‘Nous, femmes, achetons vos livres, nous sommes des clientes non négligeables, veuillez arrêter le financement d’un tel show’. Après un lobbying intense, Amazon décide le 18 avril de stopper son financement! Leur nouveau combat porte désormais sur le refus de la chaîne de magasins Wal-Mart de commercialiser des pilules contraceptives du lendemain alors qu’elle accepte de mettre sur le marché des armes et du Viagra (les deux symboles du machisme selon elles)…les membres reçoivent, de ce fait, des instructions pour convaincre Wal-Mart : ‘j’ai acheté des pilules dans un autre magasin des pilules puisque vous n’en vendez pas, pourtant vous vendez du Viagra…vous allez perdre des clientes…’ Judicieuses car réalistes, les activistes américaines jouent avec les failles du système. Elles ont un pouvoir d’achat consistant, alors, elles ont les moyens de se défendre. Aux USA, the National Organisation of Women (NOW) encourage des candidat(e)s féministes à se présenter aux postes fédéraux et sénatoriaux, jouant de leur influence, en tant que groupe de pression anciennement implanté dans le pays.

Etant donné que sur le Web on trouve de tout, penchons-nous aussi sur les sites anti-féministes (il faut y aller pour apprécier la finesse des propos et la détermination de détracteurs du féminisme : « ceux qui critiquent les femmes sont aussitôt taxés d’anti-féministes donc pourquoi hésiter à se revendiquer anti-féministe? » comme celui-ci (cliquez!). Il arguera qu’il a une bibliographie originale pour appuyer ses dires). Certains vont plus loin et affichent leur dégoût pour la gente féminine ( j’en ai déniché un, nommé misogyny unlimited !….). Afin de pouvoir éviter certains écueils du Web, Brillo a crée une hitlist qui répertorie les sites à ne pas visiter, dans le genre du site des femmes pour l’unité … de la race aryenne (:-[ , ou STRAIGHT, c’est-à-dire « Society To Remove All Immoral Homosexual Trash », ou encore backlash proposant d’éradiquer les discours « vagino-élitistes ». Les sites vraiment dangereux (il faut parfois le voir pour le croire) sont listés dans des organisations non-gouvernemantales dans le genre de hatewatch.org.

Pourquoi s’intéresser au Web plus spécifiquement? Après tout, ce n’est qu’un support au même titre que les journaux, le télévision voire le cinéma, non? Certes, mais le Web n’est pas un moyen d’information comme les autres et c’est tant mieux pour les femmes.

La prise du web…par les femmes

A ce sujet, je vous renvoie au site des Pénélopes, où, dans la rubrique « actus » (mouveaux média et internet au féminin), on peut trouver bon nombre d’articles sur le thème des femmes des nouvelles technologies ; notamment un article de réflexion de Joëlle Palmieri, responsable de cette organisation. « Plus les femmes seront présentes sur le Net, plus elles le seront dans les média », nous dit-elle. C’est dire l’importance que les femmes attachent à la prise de possession du Web. De plus, J. Palmieri ajoute qu’ « Internet représente un concept média radicalement différent des média traditionnels : il est horizontal (désynchronisation, déspatialisation) et transversal. Cela concrétise l’échange, le facilite, le rend plus rapide. Il traverse tous les domaines politiques, économiques et sociaux.
De ce fait, ce concept rejoint ce qui caractérise les organisations des femmes : solidarité, échanges d’expérience, analyse féministe des sociétés partiarcales et de leur conséquences sur la vie quotidienne. » Enfin, elle précise qu’Internet reste un enjeu majeur pour les jeunes filles non seulement en terme d’emplois mais aussi pour l’ouverture au monde, puisqu’il est par nature international. Nombre d’études concernant les propriétés de l’Internet se réfèrent à ces qualités, à savoir son aspect international, son absence de hiérarchie et la non-discrimination qu’il permet -une fois que l’on a accès à un ordinateur tout de même. Puique les femmes, féministes, n’ont pas tribune dans la presse traditionnelle, hormis les chiennes de garde …qui regroupent des personnalités connues, elles se lancent dans le Net et s’adaptent à sa forme de langage. Néanmoins, pour aller de l’avant, J. Palmieri voit en l’Internet « une arme » car il offre le pouvoir de l’information et de sa circulation. On peut aussi s’organiser, s’allier…l’union fait la force.
Il est intéressant, par ailleurs, de noter que le cyberféminisme fait l’objet d’études de plus en plus nombreuses sur le Web. J’ai relevé deux sites qui, eux-mêmes, renvoient à diverses références. Le site de R. Bradotti parle du cyberféminisme en terme de post-modernité (voir les thèses d’Ingleheart). Le second site nous rappelle justement en introduction que c’est une femme qui a inventé le premier programme pour ordinateur. Il entre ensuite dans une analyse détaillé de ce nouveau phénomène qui conduit à un retour des femmes sur le devant de la scène et à un façonnage progressif de ce médium à leur image.
Le site des Pénélopes est à bien des égards représentatif de la montée des sites féministes -très pro d’ailleurs- qui ont su, s’approprier les NTIC. Par le truchement de l’interactivité, elles peuvent renvoyer à des librairies, bibliothèques, sites féministes peu connus. De même, grâce à leur multiples connections dans le monde, elles recueillent des info inédites que les journalistes viennent ensuite consulter. De même, elles peuvent faire circuler des info relatives au genre non diffusées par les canaux médiatiques ordinaires. On ne s’étonnera pas alors que les interviews se soient mutlipliées depuis la création du site. Ce dernier transmet même aujourd’hui un WebCam Program, ou émission interactive sollicitée par CanalWeb (tous les mercredis soirs dès 19H30). Les Pénélopes comptent ainsi modifier l’image de la femme dans les média, en tant qu' »actrice » (réalisatrices, conceptrices..), « sujet » (violences, travail…) et « public ».

Autre perspective à trouver dans les chroniques de Cybérie , le site Intérieur Nuit qui interroge 2 femmes aux prises avec les NTIC. L’une travaille à Amazone, l’autre gère un portefeuille professionnel pour Agfa chez Compuserve. Ces 2 pro nous révèlent comment les femmes appréhendent le Net quand elles veulent autre chose que des fringues, des bijoux ou des conseils de psy. Elles s’attachent avant tout à s’occuper plus de la création de contenu sur les réseaux, là où les hommes dominent. Les ‘facilités’ de communication que livre Internet (plus rapide, moins onéreux, plus ouvert) leur laisse cette chance. Le seuil d’accès à la communication est en outre abaissé : les dialogues sont plus directs, détendus ce qui permet aux femmes de toutes catégories sociales de devenir visible, de parler au monde entier…rappelons qu’elles sont généralement moins scolarisées que les hommes.

L’Internet transforme les modes de d’actions collectives

En dernier lieu, une thèse soutenue par un doctorant de l’Institut Français de Presse, F. Granjon, travaillant sur ‘l’appropriation ‘militante’ -dans notre cas féministe- d’Internet en contexte associatif’ recoupe et enrichit les analyses précédentes. Le texte démontre que les associations relevant de l’engagement distancié appellent à des formes de fonctionnement plus flexibles dont Internet pourrait fournir les bases et permettrait une amélioraton des performances associatives au niveau de la concertation, de la décision, de l’organisation du travail. (jusque-là ; on ne vous surprend pas). De surcroît, « l’appropriation de ces nouvelles technologies numériques serait susceptible de servir, renforcer, supporter et objectiver cet engagement distancié ». Ce nouvel outil induirait par conséquent l’évolution des modes d’actions collectives ainsi que des formes de sociabilité qu’il implique. Selon J. Palmieri, ces transformations conviennent aux mouvements féministes.

Il y a donc une subtile interaction entre la façon dont les mouvements de femmes modèlent le Web et la façon dont le Net influence les organisations militantes des femmes.

Ainsi, il faut qu’Internet ressemble aux femmes et que les femmes s’adaptent à ce nouveau médium : tel est l’adage. L’enjeu est de taille puisqu’il s’agit de » faire évoluer une technologie capables de transformer la société en profondeur », déclare Mme Sherry Turkle, professeur de sociologie des sciences au MIT. Selon elle, la cyberculture est encore dominée par des hommes : « les hommes ont imposé un style dur, abstrait. L’approche « douce » était tenue pour inférieure. Donc, les femmes qui utilisaient leur compétences « douces butaient sur un véritable tabou culturel ». La situation change aujourd’hui puisque les femmes recourent de plus en plus au Web. Les hommes n’ont qu’à bien se tenir.